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jeudi 19 novembre 2009

Une histoire de perles

          Avec les perles antiques, nous touchons à l'origine des perles de verre que nous retrouvons aujourd'hui en Afrique. Dès les premières grandes civilisations. Les hommes imaginent des bijoux à base de silice (3 500 ans av J.C), même si l'on parle de faïence (terme employé par les archéologues anglo-saxons). Ces perles se développent dans les civilisations de Mésopotamie, mais aussi de l'indus et Égypte.

Nous sommes là dans la zone géographique originelle de la perle de verre. C'est ici qu'elle ont été créées, que leurs techniques ont été élaborées et leurs motifs définis. Nous retrouverons ceux-ci au fil des millénaires, depuis les première productions massives de perles en pâte de verre, telles les perles produites en Égypte, au début de la VII dynastie (soit vers 2 400 ou vers 1 400 ans AV. J.C., selon les datations !), jusqu'aux perles islamiques (du VI au XV siècle de notre ère), également abondamment fabriquées en Égypte.

Cette période historique des perles constituera d'ailleurs la base et la principale source d'inspiration de maîtres verriers vénitiens qui prendront ensuite le contrôle de la production dans le bassin méditerranéen et même au-delà (voir les Millefiori, les chevrons, les perles filigranées…)

Nous distinguerons deux grandes périodes : les perles égyptiennes (de 300 à 30 ans av. J.C.) et les perles romaines (de -50 à 350 ans ap. J.C.). Mais ces deux périodes ne peuvent être présentées sans un bref rappel de l'évolution des perles dans le monde antique (entre 3 500 et 300 ans av. J.C.).

          En Égypte Antique, comme en Mésopotamie ou dans tout autre foyer de Grandes civilisations, les bijoux les plus nobles et les plus recherchés sont en pierres : l'agate, la serpentine, plus tendre à travailler, mais aussi la turquoise d'Iran, le lapis-lazuli d'Afghanistan… Le travail de la silice était alors probablement trop délicat et encore trop complexe, notamment dans la maîtrise des températures, pour que cette joaillerie se développe véritablement.

Les premières perles de silice sont faites dans un agglomérat de salade fin cuit avec des oxydes, pour la coloration (LSD). Le cœur de la perle durcit mais ne fusionne pas véritablement. La surface de la perle subit une sorte de glaçage qui amène les archéologues à parler de faïence (de 3 500 à 2 000 av. J.C.). La perle est opaque et généralement d'une seule couleur. Les artisans l'emploient pour faire des reproductions moins coûteuses des perles de pierre. L'oxyde de cuivre permet d'obtenir des colorations bleues turquoises. L'oxyde de manganèse colore la faïence de nuances noires et violettes qui permettent d'imiter l'améthyste et certaines agates (RKL). La pierre reste la référence, avec évidemment l'or et l'argent grâce auxquels ont été imaginées les techniques du filigrane que nous retrouverons plus tard appliquées aux perles de verre plus élaborées.
Les premiers trempages d'un cœur en silice ou en argile dans des bains de pâte de verre en fusion remonterait à 2 200 ans av. J.C. (LSD). Cette technique permet de produire les perles en plus grandes quantités, et de concevoir des superpositions de couleurs. Toutefois, le bleu reste la couleur dominante. Cette industrie naissante va se prolonger en Égypte jusqu'en 1 500 av. J.C.

Cette longue période de gestion nous permet également de restituer le rôle de ses perles. Les sociétés antiques étaient hiérarchisées et les bijoux avaient une fonction d'ornement qui permettait de montrer le rang social des personnes qui les portaient (autant les hommes que les femmes). La pâte de verre est alors un bijoux plutôt modeste, fabriquée avec des matériaux disponibles sur place, à l'inverse des pierres semi-précieuses dont la valeur reposait, aux yeux des notables qui les portaient, sur la distance parcourue. De toute façon, par son procédé de fabrication, la perle en verre était trop fragile pour être commercialisée sur de grandes distances et gagner ainsi de la valeur. A cette époque, les perles de verre ne sont pas encore produites en grande proportion mais les techniques s'affinent. Les premières perles mosaïquées sont créées.

Dans sa fonction d'origine, la perle n'est donc pas une monnaie mais bien un bijoux décoratif, ainsi qu'un talisman destiné à protéger celles et ceux qui la porte. Notons qu'en égyptien, le mot "chat" signifie 'bonheur" et la perle se dit "cha-cha" (LSD).

La verrerie égyptienne décline progressivement pour presque totalement disparaître à la fin de la XIX dynastie (Ramsès II), vers 1 100 av. J.C. Peut-être faut-il lier au fait que des perles ont été retrouvées dans des sépultures et que leur fonction religieuse se sont imposée aux autres (artistiques, ludiques ou politico-sociales). En devenant un moyen magico-religieux de communication avec l'au-delà ; la perle ainsi sacralisée n'a probablement plus pu être utilisée par les vivants, ni donc se développer.

Mais d'autres foyers de production et de création se maintiennent c'est par exemple de Perse (entre 800 et 300 ans av. J.C) que semblent provenir les plus anciens "yeux de chat" jusque là découverts. Par ailleurs, à Carthage, des maîtres verriers phéniciens produisent de surprenants pendentifs représentants des têtes et des figurines en trois dimensions à partir de verres colorés et étirés autour d'un noyau de sable ou d'argile (entre 700 et 200 ans av. J.C.). Est-ce à cause des guerres médiques contre la perse, mais cette période enregistre un retentissement de la production perlière. Chaque fois que la Perse (actuel Iran, Afghanistan…) est en crise la création en est affectée dans toute la partie orientale du bassin méditerranéen. Et lorsque l'or vient à manquer (toujours à cause des guerres), les appliquent la technique du filigrane en apposant à la place des filaments de verre fondu sur la perle.

          La perle renaît à l'occasion des conquêtes d'Alexandre Le Grand puis de la création d'une Perse séleucide (de 304 à 64 ans av. J.C.) et d'une Égypte ptolémaïque (de 304 à 30 ans av. J.C.). Les principales techniques de fabrication sont désormais connues et ont été testées. Mais avec l'apparition de ces nouveaux grands empires et de leur dimension marchande, la perle de verre va pouvoir donner lieu à un commerce d'une toute autre envergure, de Gibraltar à l'Indus. Les conquêtes d'Alexandre Le Grand ont ouvert le monde méditerranéen aux influences extrême-orientales. En Égypte ptolémaïque (du nom de ptolémè, général d'Alexandre Le Grand), la production perlière se délocalise pour progressivement passer de la Haute et Moyenne Égypte à la rayonnante Alexandrie, créée à cette époque.

La perle égyptienne s'ouvre au monde. Il se produit plus de perles durant ces quelques siècles qu'il n'en avait été produit durant le dernier millénaire écoulé (LSD). Et c'est donc à partir de cette époque (dès 300 ans av. J.C.) que la perle se commercialise véritablement. C'est plus probablement aussi de cette période que datent les perles "antiques" les plus anciennes que l'on puisse retrouver aujourd'hui en Afrique.

A partir de 100 ans av. J.C., la technique du noyau de sable est définitivement abandonné au profil de perles entièrement formées de pâte de verre. Elle gagnent en solidité, en pureté et en transparence. C'est à cette époque que remonte les "yeux de chat " translucides les plus anciens.

Les "yeux" sont un thème majeur dans la symbolique antique. Ils se sont transmis de l'antiquité la plus reculée jusqu'à cette époque avec une constance dueà leur signification magique et leur rôle protecteur. Incrustés dans la perle de verre chauffée et encore tendre, ils sont censés chasser la mauvais œil et protéger les personnes qui les portent en attirant sur eux les malheurs qu'elles auraient dû subir.

Le mariage des influences égyptiennes, perses et indiennes fait qu'à la veille de l'empire romain, les maîtres verriers égyptiens et d'Asie Mineure maîtrisent les techniques de la mosaïque. Du pillage, de l'étirage, de la pression, du polissage… Et qu'ils appliquent ces méthodes à des formes aussi diverses que celles du cœur, du cône, du cylindre et d'autres formes biconiques ou bipyramidales…

La perle de verre connaît un degré de sophistication qui explique qu'elle devienne un article autant recherché par les gens modestes que par les populations aisées. Elle devient un bijoux de référence et sa commercialisation augmentera encore au cours de l'empire romain (de 50 ans av. J.C. à 450 ap. J.C.). Nous retrouverons par la suite ces perles dites "romaines" de la Scandinavie à la chine en passant par le Mali et l'Ethiopie.

La spécificité de cette seconde période, dite romaine, ne vient pas uniquement des dimensions de zone d'échange (déjà évoquées, quoique dans une moindre dimension, à la suite des conquêtes d'Alexandre). La production s'organise à l'échelle de l'empire. Par exemple, les romains apprécient particulièrement les perles mosaïques. Notamment celles qui représentent des fleurs (millefiori), des monuments, des silhouettes ou des visages.
La technique employée atteint des sommets de finesse. Elle se propage dans tout le bassin méditerranéen grâce à une commercialisation des bâtonnets mosaïques qui servent de matière première à la confection des perles. Les matériaux puis le savoir faire des maître verriers égyptiens se sont d'abord diffusés à partir d'Alexandrie, où cette technique était probablement la mieux maîtrisée. De nouveaux centres de productions sont apparus (Rome, Venise, Tyr, Sidon, Antioche), où les mêmes perles ont pu être confectionnées grâce à cette diffusion des bâtonnets de verres. La production perlière se standardise à travers tout l'empire du fait de la généralisation du commerce de sa matière première. Cette industrie se maintiendra durant tout l'empire, jusqu'à la fin du V siècle. Les perles romaines à face humaine survivront même à l'empire puisqu'elles seront encore produites, pour les dernières, au VI siècle. L'empire s'effondre sous les coups conjugués des multiples invasions barbares du V siècle (les Huns, les Wisigoths, les vandales…)

L'épisode romain reste fondamental dans l'histoire des perles. Ils s'inspire des méthodes mises au point au Moyen-Orient et en Égypte depuis la plus haute antiquité. Mais les artisans de l'empire les améliorent encore pour produire massivement des perles dont le marché atteint une zone d'échange gigantesque, jusque là jamais atteinte.

Cette production se diffuse dans l'empire et peut-être doit-on à cette époque l'émergence de nouveaux sites de production ( en Lombardie, en Germanie inférieure...) qui joueront un rôle essentiel dans la propagation des perles en Afrique à partir du XIV siècle ( Amsterdam, Jablonec, mais surtout Venise). A leur tour, ces maîtres verriers s'inspireront des techniques et des motifs de l'antiquité pour fabriquer leurs superbes perles ( millefiori, Chevrons, Fansi…)

Les Phéniciens ont reçu la révélation du verre entre le IIIe et le IVe millénaire en Mésopotamie où subsistent les plus anciennes traces de sa fabrication. Les verriers de l'époque maîtrisant à l'évidence une grande technicité, il est certain que la légende qui attribue au hasard la découverte de la vitrification par des bergers quelques peu arriérés ne repose sur aucune base crédible. Le verre a tout d'abord été filé pour être enroulé autour d'une âme d'argile crue ou de sable aggloméré et en faire des mini-amphores: les amphorisques. Ces récipients étaient destinés à contenir des produits de haut prix: parfums, onguents, fards. Le décor millefiori est encore plus ancien: dans les tombes de l'âge du fer, des perles de verre résultent de la fusion, de la confection de cylindres, de leur découpage en perles équarries, puis de leur décoration avec des fils multicolores. Ce sont aussi des bottes de fils, des fils passés dans une filière qui dessine des étoiles, des formes géométriques variées. Plus tard, la découverte de la canne de verrier permet le soufflage de récipients utilitaires, décoratifs or propitiatoires. Et le verre filé est relégué au rang de décor accessoire du col, de la panse, ou des anses. La paix romaine transfère les verriers levantins sur l'archipel de Murano où les artisans sont placés sous bonne garde. Les millefiori sont à la base d'un commerce florissant: on les trouve dans toutes les Augustae. La Sérénissime République comprend toute la richesse qu'elle peut tirer du commerce du verre: les verriers sont condamnés à ne pas quitter l'île sous peine de mort. Le verre filé prend une forme encore inconnue: le filigrane. Néanmoins, les tentatives de fuite quelquefois couronnées de succès voient fleurir une industrie concurrente en Bohême et en Angleterre, d'où la technique du filage du verre reviendra sur le continent: Vonèche préfigure Val-Saint-Lambert, Saint-Louis-Les-Bitche préfigure Baccarat. Les frères Appert (Clichy) magnifient la technique du verre filé en début de siècle.

Au XIIème siècle, Venise était une république prospère, elle possède à l'époque de nombreuses manufactures de perles. Extraordinaire croissance de la fabrication des perles en verre, il faut dire qu'elle offre de sérieux avantages par rapport à ses concurrents(Bohème, Egypte, Hollande) : réseau commercial évolué, flotte marchande puissante la reliant à la mer noire, à la Méditerranée et à l'Europe.

En 1490, les verriers sont forcés de quitter Venise pour l'île de Murano (monopole de fabrication, danger que représentaient les nombreux fours pour la ville),  pendant prés de 50 ans ceux-ci  ne purent divulguer leurs secrets, prisonniers de leur Ile et menacés de mort s'ils tentaient de migrer.
Après ce transfert, la production de perles augmenta considérablement grâce à l'évolution des techniques. les verriers sont fortement influencés par les objets de verre complexes de l'antiquité égyptienne et romaine.
Les perles de verre sont classées d'après leur technique de fabrication : enroulement, étirage, moulage, soufflage.
Dans l'enroulement, l'artisan enroule le verre en fusion autour d'une tige comme du fil sur une bobine. Ces perles sont fabriquées individuellement.
Par contre pour les perles en verre étiré, les verriers utilisent des baguettes étirées à trou central, à partir duquel de nombreuses perles identiques peuvent être réalisées
Ce sont principalement ces 2 techniques qui sont utilisées à Murano. Depuis des siècles les méthodes de fabrication restent inchangées.

L'une des plus intéressantes est l'étirage du verre en tubes creux.
Un globe creux de verre en fusion est fixé à 2 plaques métalliques munies de tiges. 2 hommes, chacun tenant une tige, courent rapidement en sens inverse pour étirer un tube de verre mesurant au minimum 90 mètres. La bulle d'air initiale s'allongeant produit un orifice dans toute la longueur du tube. Celui-ci est ensuite fragmenté en baguettes, puis les baguettes en perles, et les perles parachevées par traitements thermiques ou par meulage.

Les perles enroulées contrairement aux perles étirées ne nécessitent pas de grands fours. Elles sont produites à la lampe à huile par de petits artisans.

Vers 1615, les motifs se multiplient : perles millefioris, à chevrons, verre mosaïqué,….Au XV ème siècle, les maîtres verriers vénitiens diversifirent leurs techniques et inventèrent des verres tantôt colorés, tantôt d'une transparence inégalée, tantôt blancs laiteux ou piquetés d'or. De nos jours encore, les verriers de Murano maintiennent une telle qualité que certains objets sont considérés comme des oeuvres d'art.

Les perles à chevrons: le dessin caractéristique en V est obtenu par étirement de couches successives de verres de différentes couleurs (souvent bleu, blanc et rouge). La baguette de verre ainsi obtenue est découpée en petites pièces qui, une fois meulées, donnent des perles cylindriques faisant apparaître le motif à chevrons.

Les Millefiore (mille fleurs):  le principe est semblable à celui des perles à chevrons, mais les baguettes de verre sont beaucoup plus fines, sans trou central. Les petites pièces découpées sont amalgamées autour d'in fil métallique par un liant de verre fondu. La perle chaude est pressée dans un moule pour lui donner sa forme définitive, puis refroidie et plongée dans l'acide pour ronger le fil, ce qui formera le trou.

Les perles de verre soufflé : la forme de la pierre est crée par le souffleur, puis on y dépose d'autres couleurs de verre ou de l'or. Les mouvements du souffleur créent les formes spiralées caractéristiques de ces perles.

L'Aventurine  : (à ne pas confondre avec la pierre fine de même nom). Découvert par hasard ("a ventura" signifie par chance), ce verre contient de minuscules cristaux de cuivre, qui donnent de belle irisations. Il est aplati en fin ruban que l'on applique sur les perles. On retrouve ce procédé dans les perles Sommerso
Les perles enroulées à la lampe : la lampe est la source de chaleur qui permet de fondre la baguette de verre, et de l'enrouler autour d'une mince tige de cuivre que l'artisan fait tourner en permanence. la perle ainsi formée est ensuite décorée, puis plongée dans l'acide pour dissoudre le métal et former le trou.
   
                                                                       Sources :Atlas Historique. 1968. France Loisirs. Paris.et .Le verre filé, de l'Antiquité à nos jours

Posté par lauryne25 à 11:02 - LAMPWORKING - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

    Ben dis donc, c'est génial de faire partager ses infos. J'ai de quoi lire.

    Posté par Francoise, samedi 21 novembre 2009 à 10:00
  • demande info

    bonjour,
    je recherche des informations sur la perle en verre au 13eme siecle,qu'elle soit en france au ailleur , a t'elle existé a cette période ?pouvez vous m'aider?
    merci

    Posté par drake, lundi 26 août 2013 à 17:35
  • demande info

    bonjour,
    je recherche des informations sur la perle en verre au 13eme siecle,qu'elle soit en france au ailleur , a t'elle existé a cette période ?pouvez vous m'aider?
    merci

    Posté par drake, lundi 26 août 2013 à 17:35
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    merci

    Posté par drake, lundi 26 août 2013 à 17:36

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